Londres. 1645.
{PDV Adeline}
Mon nom est Adeline Beauvoir. Jeune française de 22 ans, j'ai décidé de me rendre en Angleterre afin d'y étudier l'art. Je pensais que ma vie au pensionnat de l'école était palpitante. J'étais loin de me douter à quel point elle était monotone à côté de celle que j'allais vivre avec Lawrence. J'avais décidé de me proposer comme modèle pour les cours de peinture que je ne prenais pas, ayant une préférence pour le fusain. J'ai été acceptée de suite, par manque de modèles, justement. Ce jour-là, je remarquais en silence un jeune homme retiré, au fond de la salle. A chaque fois qu'il posait les yeux sur moi, qu'il redessinait les moindres de mes courbes à l'aide de son regard, ce contact inexistant me brûlait. Je pouvais sentir ses yeux passer de mes épaules à mes hanches, sans même le regarder. Jusqu'à ce que nos regards se croisent. Pendant un moment, il ne bougea plus, apparemment troublé. A chaque coup de pinceau, il relevait les yeux pour les plonger dans les miens. Ce manège dura des heures. Tout le monde était parti, mais lui ne bougeai pas. Depuis que nous étions seuls, une sorte d'intimité gênée et silencieuse s'était installée entre nous. Aucun geste brusque. Aucun bruit dans cette pièce pourtant gigantesque. Comme si le temps s'était arrêté. Jusqu'à ce que, brusquement, il se lève, et s'avance vers moi. Le temps qu'il mit à parcourir la salle pour me rejoindre me parut une éternité. Il s'assit sur ce couffin sur lequel je patientais depuis plus de quatre heures sous les regards des élèves. Il planta son regard dans le mien. Me prit la main. Et m'entraîna alors vers sa toile. Je n'eus la force de résister. Pas à son regard. Et encore moins à lui. Sa peinture exprimait une telle émotion, un tel trouble, une telle attraction...
{PDV Lawrence}
Mon nom est Lawrence Swan. Apprenti peintre de 25 ans, élève depuis 4 ans à l'école d'art de Londres. Ma vie n'avait aucun sens. Surtout depuis l'annonce de cette maladie. Incurable, mais surtout mortelle. Personne n'était au courant. Encore moins à l'école. Un matin, on annonça à ma classe qu'un nouveau modèle avait été désigné pour les cours de peinture. Inconsciemment, je savais que cette journée était différente. Ou du moins, allait l'être. Je m'installais à mon chevalet favori, loin des regards des élèves en manque d'inspiration, ou des élèves tout court. Je ne pus empêcher mon esprit de vagabonder. Jusqu'à ce qu'elle arrive. A partir de ce moment là, tout devint flou. Je ne pouvais plus m'intéresser à autre chose qu'elle. Elle était si différente, mais si parfaite. Au bout d'un moment, elle m'aperçut. Ce moment que j'attendais depuis le début de la séance. Elle me regarda. Comme si nous n'étions que tous les deux. Un lien parmi cette foule. Je profitai du fait que je dus la peindre pour l'admirer sous toutes les coutures. Je dus à un moment être trop absorbé par ma contemplation, ou être trop indiscret dans mes regards, car elle sursauta. Comme si je l'avais brûlée. En tout cas, elle, m'avait brûlé. Ma toile ne m'importait plus. Une première. Jamais je ne m'étais désintéressé de mon travail à ce point. Au cours de la quatrième heure, tous les élèves disparurent peu à peu, pour nous laisser seuls. Je jetais un regard vers ma toile. Ma plus réussie depuis bien longtemps. Comment était ce possible, étant donné que je n'avais accordé mes regards qu'à elle ? Je voulais lui faire partager ce moment, peut être aurait elle une explication à cette réussite. Mais je n'étais pas sûr d'être capable de le faire, j'avais toujours été extrêmement timide. Je surmontais cette appréhension et me levai. Peut être trop brusquement, vu son sursaut. Je traversais la salle, ne regardant qu'elle. Je m'assis à côté d'elle, lui prit la main, et l'entraînai vers ma toile à l'écart.
Si ce moment pouvait durer pour toujours.
Cela allait faire maintenant plusieurs semaines que moi et Adeline étions intimes – disons très proches. Chaque soir, à la fin des cours, nous restions seuls dans cette salle immense. Nous parlions de tout, de rien. Aussi n'avais-je mis que quelques secondes pour l'apprécier, soit le temps qu'elle ouvre la bouche pour s'adresser à moi. Elle m'avait révélée être une enfant orpheline, un point commun qui m'avait presque réjoui. Quand je lui avais avoué être malade, elle n'éprouva aucune pitié, ne fut pas choquée, et ne changea pas de comportement à mon égard. En faite, c'était la seule au courant. J'aimais sourire aux gens qui l'ignoraient, leur montrer à quel point j'étais vivant, je me créais une sorte de nouvelle personnalité qui aidait ma vraie à s'en sortir. Cependant, je notais qu'en la lui dévoilant, je me sentais vraiment bien. Je n'avais eu aucune raison de le faire. Pourtant...
Je ne savais pas. J'avais eu une soudaine envie spontanée, comme si je savais qu'elle pouvait me pardonner toutes mes faiblesses, elle. Ces derniers temps, nous nous donnions rendez-vous en dehors des cours à l'atelier, pour une toile à finir rapidement.
Peut-être eu-je céder à la paranoïa ou ai-je été le seul à le croire, mais pour moi, ce n'était qu'un prétexte pour se voir. Du moins, moi, j'en avais besoin. Voilà sans doute pourquoi je traînais à la finir, ne peignant que très peu à chaque séance. La façon dont elle scrutait les mouvements de mon pinceau me rassurait et me faisait espérer. Ce soir-là, je dus admettre que j'étais préoccupé par l'orage qui éclatait dehors. Je jetai un coup d'½il à la fenêtre, un éclair zébrait le ciel aux nuages noirs. En reposant les yeux sur elle, je fus surprise de découvrir qu'elle était à mes côtés. Etonné, je la regardais.
– Lawrence, murmura-t-elle. Je...
Le tonnerre se fit entendre. Surpris, je ne quittais pas son visage des yeux. Effrayée, elle bafouilla quelque chose en baissant la tête.
– Il y a un problème ? m'inquiétais-je, essayant de croiser son regard – peine perdue, elle s'évertuait à m'éviter. Adeline, l'appelais-je.
Elle secoua le menton, recula.
– Non, rien, dit-elle simplement. Ce n'est pas important.
– Tu en es sûre ? insistai-je, désireux de lui porter mon aide. C'est la façon dont j'ai peint, c'est ça ? Tu n'aimes pas, déclarais-je sur le ton du divin. Nous pouvons en faire une autre, mais ça prendra plus de temps, rajoutais-je en essayant de cacher la joie que cette idée provoquait en moi.
– Non, j'adore, me coupa-t-elle. Ce n'est pas ça... Je dois y aller, il est tard.
Je ne comprenais rien et étais réticent à la quitter. Je m'apprêtais à lui souhaiter une bonne fin de soirée et de rentrer prudemment, mais à ma grande surprise, elle prit mon visage entre ses mains, se leva sur la pointe des pieds, et avec douceur, ses lèvres vinrent se coller aux miennes. Je fus transporté pendant quelques secondes. Puis, Adeline s'en alla presque en courant. Je restais hébété quelques instants en la regardant partir. Ne venais-je pas de rêver ?
Je quittais l'atelier, méditant ce qui venait de se passer, heureux comme jamais. Sous la pluie, je toussais légèrement, approchant de chez moi. Plus loin, j'aperçus deux hommes bruyants, largement plus âgés que moi, la cinquantaine peut-être. Ils s'arrêtèrent, le temps de me scruter. J'accélérais le pas, mais déjà ils me hélaient de façon injurieuse. Un me rattrapa, me saisissant par l'épaule, me plaquant contre le mur.
Ils me frappèrent, amusé par l'expression de douleur sur mes traits. Je ne mis pas beaucoup de temps à agoniser, ce qui parut les décevoir. Ils me laissent tomber, et je tombais à terre, mon sang mêlé à la flaque d'eau dans laquelle je reposai. J'allais mourir. Je n'avais jamais tenu à la vie, sachant que j'allais de toutes façons ne la connaître que brièvement. Cependant, depuis pas si longtemps, je m'étais attaché à quelques chose, un bonheur qui n'appartenait qu'à moi, que je voulais protéger à tout prix : Adeline.
– Non... murmurais-je, ma main sur ma plaie énorme.
– Je vais te sauver.
Cette voix froide. Cette personne que je n'avais jamais vu, qui se penchait vers moi. Je ne sais pas ce qu'elle faisait, mais je ressenti une douleur atroce me saisir. Pourtant, tout à fait inconsciemment, je savais que c'était bon pour moi et le laissais faire, sans broncher, gémissant simplement de douleur. Qu'est-ce qui m'arrive...
– Je ne suis plus comme avant. Je ne suis plus celui qui pouvait se permettre de t'approcher et de t'aimer librement. Je ne peux plus, Adeline. Je suis venu te dire adieu...Je t'aime.
C'était la première fois qu'un de nous deux arrivait à prononcer ces deux mots. Ce n'était pas la première fois que j'essayais de lui dire, mais la première fois que je le pouvais. J'aurais préféré lui déclamer dans un autre lieu, une autre situation. Une autre vie.
J'y étais obligé. Je ne pouvais me permettre de lui faire le moindre mal, de la blesser de quelque façon que ce soit. Je me devais de me séparer d'elle, de détruire avec ces quelques mots l'univers que nous avions construit à deux. Ensemble. Et bientôt séparés. La joie de lui avoir enfin dit n'était rien comparée au déchirement que mon c½ur ressentait lors de cet adieu forcé.
– Pourquoi, Lawrence ?
Deux mots. Je m'étais attendu à tout. Tout. Sauf cette question. Elle l'avait prononcée d'une manière si douce, si blessée. Mais aussi si blessante au fond de moi.
– Je ne peux pas. Je suis désolé.
Je tournais les talons, le c½ur en vrille. Je posais la main sur la poignée de la porte, et patientai. Qu'attendais-je ? Qu'elle me retienne ? Je ne pouvais pas me le permettre. Qu'elle m'adresse un dernier mot, un dernier geste ? Il ne ferait que raviver ma peine. Je me résignai, quand une main se posa sur mon épaule. Je retournais instinctivement la tête. C'était sa main, bien évidemment. Si douce, si pure. Si...
SCHALK !!
Je la regardai, ébahi. Une douleur sur ma joue qui jamais ne pourrait plus rosir de la violence de son coup. Jamais elle n'avait été si brusque, ne serait ce qu'un instant. C'est probablement cela qui me blessa le plus. Plus que la gifle. Cette gifle qui signifiait toute sa douleur, sa fougue, son envie irrépressible que je reste. Plus que tout le reste.
– Lawrence, comment peux tu...Comment OSES tu, partir de la sorte ?!
Je vis ses yeux se remplir de larmes. Une seule coula sur sa joue de porcelaine. Puis, elle n'en puit plus, et s'effondra, devant moi, à mes pieds. Chaque sanglot qui s'étranglait dans sa gorge renforçait ma colère. Chaque larme glissant au sol amplifiait mes tremblements. J'allais craquer. Je ne pourrais pas tenir. Je ne pourrais pas partir sans lui expliquer. Elle ne comprendrait pas, mais au moins, elle saurait pourquoi je pars. Une autre larme qui s'écrasa fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase du c½ur que je n'avais plus.
Pourquoi quelqu'un comme elle devait rester auprès de quelqu'un comme moi ? Pourquoi quelqu'un comme elle devrait être mis en danger par quelqu'un comme moi ? Pourquoi ne comprenait-elle pas ?
Arrête... Arrête, j'ai peur.
Pas elle.
Je ne lui ferais pas de mal...
Pas à elle. Pitié, qu'elle parte. Que plus jamais elle ne pense à moi. Pars. Pars... PARS !
– Je suis un vampire, voilà ce qu'il se passe. Je ne veux jamais, au grand jamais te faire de mal. Au point où j'en suis, je peux bien te le dire, dans la mesure où je compte bientôt mourir.
L'intonation de ma voix me surprit. J'étais étonnamment calme et serein. N'avais-je donc même plus la possibilité d'être en colère ? J'étais persuadé qu'elle prendrait mal cette sérénité, qu'elle hurlerait, s'enfuirait en courant, mais sa réaction fut tout autre.
– Transforme moi.
– PARDON ?
– Il doit bien y avoir un moyen. Je ne veux pas que tu partes. Et encore moins sans moi. Transforme moi, mords moi, déchois moi, damne moi, appelle ça comme tu veux. Je veux être comme toi.
– Tu ne renonceras pas ...
C'était à la fois une question, et une affirmation.
– A l'espoir de rester à tes côtés ? Jamais.
Nous restâmes un long moment à nous contempler, mes yeux plongés dans les siens, intenses. Elle s'approcha de moi d'un pas, l'air de me défier. Je retroussais la lèvre supérieure, dévoilant mes dents. Son visage à quelques centimètres du mien, elle attendait que je craque. Cependant, c'est dans un geste simultané que je la soulevais afin d'avoir accès à son visage tandis que ses mains s'agrippaient avec force à ma nuque. Ma bouche traqua alors la sienne. Fougueux, nous nous échangions des baisers passionnés, les caresses de nos langues rapides. Soudain, je m'écartais, la reposant à terre, reculant. Elle aussi prit le temps de reprendre son souffle.
– Tu vois, hoqueta-t-elle, essoufflée. Cela fait vingt-deux ans que je te cherche toi, si tu crois que je te laisserais filer, tu te trompes.
– Que tu me cherches ? répétais-je sans comprendre le sens de ces mots.
– Je crois au destin, admit-elle, perplexe.
Surpris, je la regardais. Résigné, je soupirais. Elle dut comprendre ce que cela voulait dire, car elle sautillait déjà sur place. Je l'arrêtais d'un geste de la main, calme. Son sourire s'abaissait, et enfin elle daigna reprendre son sérieux, ses fins sourcils très légèrement foncés.
– Je n'arriverais peut-être pas à te transformer, prévins-je.
– Et qu'arrivera-t-il si tu n'y arrives pas ?
Je gardais le silence, baissa la tête, secouant le menton, les yeux fermés. Je les rouvrais, me redressant, attrapais son visage avec douceur entre mes mains froides :
– Ni toi ni moi ne nous relèverons, mais de façon différentes.
Son expression était insondable, cependant, elle s'efforça de sourire, plaçant ma main contre sa poitrine. Je sentais son c½ur battre, aussi frêle qu'elle, léger comme un courant d'air, mais lourd contre ma paume. Elle et moi savions que c'était le moment. Mes lèvres caressèrent sa veine jugulaire. Il serait si facile de la tuer, et pourtant, même ma nature n'arriverait pas à me faire faire un tel acte sur elle. Adeline ferma les yeux, patiente, compréhensive à mes hésitations.
Mes canines se plantèrent lentement dans son cou. Deux petites gouttes de sang coulèrent jusqu'à sa poitrine, jusqu'à ce qu'un mince filet de ce liquide apparaisse à travers ses vêtements qui se collèrent à sa peau de cristal, sans doute ai-je été stupide de remarqué ceci à un tel moment.
; j'entrouvris simplement sa chemise pour éviter que cela ne la gêne. Déjà l'odeur enivrante pour moi et écoeurante pour elle se répandait dans la pièce. L'opération délicate me prit environ une demi-heure.
Au bout de ce temps, je me relevais. Elle s'était évanouie et restée appuyée contre le mur. Je crachais le sang contre le sol, m'appuyant à une étagère pour ne pas perdre équilibre. Elle ouvrit légèrement les yeux, murmura faiblement :
– Ca va faire mal, n'est-ce pas ?
– Oui.
Elle leva la main, confiante, sachant que j'allais la serrer dans la mienne. Je m'exécutais, bien que ma paume soit couverte de son sang. Elle caressa mon visage avait de se rendormir paisiblement. L'expression douloureuse qui apparaîtrait sur son visage d'ici quelques heures me faisait déjà mal. Je m'interrogeais. Ai-je fait le bon choix, en agissant ainsi, en cédant par faiblesse ? Quelle preuve d'amour lamentable.
– Lawrence, arrête de traîner !
Je la regardais, mécontent. Je m'étais figé devant une petite boutique d'art – qui sans doute aujourd'hui, n'existe plus. Nous venions d'arriver à Forks et Adeline était désireuse de trouver une maison rapidement. Nous avons choisi cette petite ville tranquille pour la réputation qui la précédait ; elle était pluvieuse et rarement le soleil y brillait. Nous pourrions y mener une vie normale où nous passerions inaperçus, sans se faire remarquer. Elle me tira par le bras, me promettant que nous repasserions une fois installés.
Main dans la main, nous marchions les pieds enfoncés dans la neige. Nous sommes en hiver, et il commence à pleuvoir. Les jours de pluie comme ceci où nous sommes ensembles me rendent un peu nostalgique. Il m'arrive souvent de penser à ce que nous aurions pu être il y a deux siècles et quelques, la vie humaine que nous aurions menés, les enfants heureux que nous aurions eu. Cependant, la perspective d'être avec elle pour l'éternité était une consolation.
Ainsi, nous continuons de marcher inlassablement main dans la main, suivant un chemin – le notre.
Sweet PeppeR && Coco Nut'SUn petit mot de Sweet Pepper : Je ne me rappelle pas avoir jamais autant apprécier d'écrire avec quelqu'un. Merci à Coco Nut's, je t'aime fort, j'ai adoré partager ça avec toi <3 Tu vas beaucoup me manquer, reviens vite ! ='(